Les marais Irakiens à nouveau en péril

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Rappel:

En 2005:

Le jardin d’Eden reverdira-t-il ? Pour une fois, des nouvelles en provenance d’Irak sont de bon augure. Près de 20 % des marais de Mésopotamie, asséchés par le régime de Saddam Hussein, étaient de nouveau en eau il y a un an, sans doute beaucoup plus aujourd’hui. C’est ce qu’a indiqué le chercheur Curtis Richardson lors de la conférence annuelle de l’association américaine pour la promotion de la science.

De l’avis de certains historiens, ces marais ne seraient autre que le jardin biblique d’Eden. Alimentés par les eaux du Tigre et de l’Euphrate, ils occupaient, il y a encore quelques décennies, 15 000 kilomètres carrés au sud de l’Irak. Ces marais servaient d’étape à des millions d’oiseaux migrateurs sur leur trajet entre la Sibérie et l’Afrique. Véritable nurserie de poissons et crustacés, les marais jouaient le rôle de filtre naturel des eaux du Tigre et de l’Euphrate avant qu’elles ne se déversent dans le golfe Persique. Mais ces marais étaient aussi, depuis des siècles, un sanctuaire pour de nombreux réfugiés. Et la terre d’une population chiite, d’environ 500 000 personnes, qui s’était soulevée contre le régime de Saddam Hussein en 1991. Dès l’année suivante, Bagdad avait, sous le couvert d’un vaste programme agraire, méthodiquement asséché la région pour chasser la population de ses maisons flottantes et permettre l’accès à son armée. Une vaste entreprise d’érection de barrages, de digues et de canaux de drainage, qui a conduit à détruire les neuf-dixièmes de cet incroyable écosystème. Seuls quelques dizaines de milliers d’«Arabes des marais» étaient restés dans la région. Dans le même temps, la pollution a fait son apparition le long du golfe Persique, et la pêche côtière a souffert d’une nette diminution de la ressource.

Dès la fin de la guerre, la population a commencé à ouvrir les écluses et percer les digues . La nature reprend peu à peu ses droits, laissant présager le retour des populations exilées. Les Nations unies ont investi une dizaine de millions de dollars pour restaurer les marais et fournir des équipements sanitaires à la population pour limiter la pollution. De son côté, le gouvernement américain finance le travail des scientifiques sur le terrain.

Selon les scientifiques américains et irakiens conduits par Curtis Richardson, les analyses des sols et de l’eau montrent une faible présence de pesticides et d’autres substances toxiques susceptibles d’empêcher un retour de l’écosystème marécageux. Les sols ne semblent pas non plus avoir été lessivés par le drainage et offrent donc une richesse organique suffisante pour un retour à la normale. En revanche, dans de nombreuses régions du marais, la salinité très forte risque d’empêcher la germination des végétaux, et en particulier du riz. Seuls 15 % à 20 % des marais pourraient retrouver leur forme initiale. Mais d’autres menaces risquent de contrecarrer les efforts de reconquête des espaces naturels.

Aujourd’hui:

La Turquie prélève de plus en plus d’eau sur l’Euphrate. A la frontière iranienne, le marais d’Al-Hawizeh était le dernier vestige du jardin d’Eden. Mais depuis l’érection de digues côté iranien, il régresse et pourrait disparaître en quelques années.
Même après sa mort, Saddam Hussein reste une plaie pour les habitants de la région irakienne des marais, qu’il avait asséchée pour y débusquer les rebelles chiites. Dans les légendes mésopotamiennes, ces étendues luxuriantes au milieu des déserts étaient le lieu du paradis terrestre et elles avaient peu à peu retrouvé vie après la chute du dictateur en 2003. Mais c’est à nouveau l’enfer en raison de la chute du débit de l’Euphrate. La sécheresse est telle que les serpents fuyant l’aridité des sols sèment la panique dans la région de Nassiriyah. Selon Kazem Malek, le maire de la ville de Chabaïch, «une cellule de crise a été créée et des gardes de nuit ont été instaurées pour empêcher que les serpents mordent le bétail, seule ressource de la région». La panique a commencé à s’emparer de la population locale. «J’ai une vache qui a été mordue et si cela continue je quitte la région», a affirmé un paysan, Jabbar Saleh. La solution serait que les Turcs, dont les barrages loin en amont limitent le débit du fleuve, ouvrent les vannes.


Agrandir le plan

Quelques photos des Arabes des marais : http://www.prm.ox.ac.uk/ThesigerWeb/Iraq/iraq.htm; http://www.laputanlogic.com/articles/2004/04/14-0001.html

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